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 "L'homme intelligent peut faire le con, le contraire n'a jamais été prouvé" [Urban]

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MessageSujet: "L'homme intelligent peut faire le con, le contraire n'a jamais été prouvé" [Urban]   Mar 3 Mar - 18:06


"Ma fille,

Je ne suis pas une mère exemplaire, je le sais et j'en ai conscience. Aujourd'hui je revois avec amertume le désastre qu'a été ma vie depuis ces quatre dernières années. Tu m'aimes, pour le moment, je le sais et je le vois ; mais la question que je me pose, petite fille, c'est si tu m'aimeras encore longtemps. Saurais-je te répondre le jour où tu me demanderas qui était ton père ? Et celui de ton petit frère ? Saurais-je seulement vous avouer tout ce que j'ai fait, les yeux dans les yeux, sans devoir en mourir de honte ?

Petite, un jour je pense que tu comprendras, et ce jour là, tu me tourneras le dos. Et je crois que je n'aurais plus qu'à mourir. Car de tout ce que j'ai de plus précieux au monde, toi et ton frères êtes sans nul doute ce qui m'achèverait si je vous perdais. Et pourtant, sache le ma chérie, je m'y prépare chaque jour un peu plus. Chaque jour je me demande à quel âge je te donnerai ces lettres, ou si je te les donnerai un jour. Ma seule dépense pour moi même va là dedans, dans l'encre et le papier. Ma fille, je t'aime, je ne te le dirai jamais assez. Ma fille, je crois que pour un seul de tes sourires je pourrais me damner encore.

Je ne supporte plus la vue de la poussière sur vos petites mains, vos regards fatigués lorsqu'on rentre dans cette maison de fortune. Je ne supporte plus les pleurs de ton frère dans le noir, qui ne comprend pas comment nous en sommes arrivés là. Toi même, tu l'ignores, parce que je t'ai menti le jour où je t'ai dit que nous allions devoir déménager parce que j'avais perdu mon travail. Je n'ai pas perdu que cela. J'ai aussi perdu ma maison, ma fortune. Et toute ma dignitée, piétinée à grands coups de pieds par des personnes en qui j'avais confiance, et qui m'ont, une ultime fois, trahie.

Peut-être que tu penseras que je ne mérite ni pitié ni pardon. Peut-être que tu me diras, les yeux dans les yeux que tout ce qui m'est arrivé, je l'ai mérité. Et qu'il y a des choses dont tu te souviens parfaitement, le cliquetis des chaînes quand on m'a envoyée en prison, le sourire d'un garçon qui avait choisi de faire de toi sa petite princesse, sa petite muse. Je te demande pardon, ma fille. J'ai pleinement conscience de ne pas être invincible, à présent. Seulement un pion sur un échiquer. N'oublie pas une chose, ma petite, c'est que dans le noir, à l'heure où je t'écris, il n'y a rien de plus précieux que vos vies.

Ta mère qui t'aime.
Eva."


J'ouvre péniblement les yeux à dix heures du matin, éveillée par les cris d'un petit garçon qui a faim. Ah, oui. Aujourd'hui, c'est Dimanche. Je n'ai pas besoin de les amener à l'école. Je suis le tracé du rai de lumière qui passe par le volet ébréché, l'air frais qui s'échappe de la vitre cassée. J'ai dépensé les dernières miettes de mon salaire pour un produit anti moustiques. Les enfants sont couverts de piqures, et ils se grattent en permanence. Je fais le tour de la salle, alors que Sonata dort encore, et je prends mon fils dans mes bras, encore ensommeillée. Dans le placard à la porte dégondée, je déniche les derniers restes de nourriture pour le mois, grâcieusement donnés par la femme de mon patron qui avait un peu trop de bouffe dans son placard. Parfois, ça a du bon de chanter pour les gens. Ou du moins c'est relativement bénéfique pour mon image de mère célibataire pauvre et destituée de tous ses biens. Su-per. Avec ce genre de pensées, je sens que je vais passer une excellente journée.

Il me faut une heure pour m'occuper de mes enfants. Une heure à leur trouver des habits passés rapidement à la laverie, leur donner à manger, les laver d'un coup d'eau récupérée chez une connaissance du bar. Oui, j'ai une existence de merde. Oui, je le sais, et c'est déjà suffisamment difficile à assumer. Il y a huit mois, je vivais dans une villa. Mes enfants avaient tout ce qu'ils voulaient. En l'espace de très peu de temps, j'ai tout perdu. Et c'est difficile à vivre. Pas pour moi, parce que moi, j'ai appris très vite à me contenter de rien. J'ai des vêtements, un toit certes venteux mais un toit. Et mon violon. De quoi manger une fois sur deux, et c'est suffisant. Mon but, à moi, c'est que les deux petites créatures vivant avec moi aient toujours quelque chose dans leur assiette, des vêtements chauds, une couverture et un lit de fortune pour dormir. Et bien sûr, une éducation. Parce qu'il ne faut pas se mentir. Jamais je ne sortirai mes enfants du système scolaire. Mon salaire y passe, bien sûr. Mais je m'en fiche. Parce qu'ils font leurs devoirs tous les jours, ils apprennent leurs leçons, et plus tard, ils auront un appartement, un emploi. Et une mère qu'ils abandonneront, sans doute, en apprenant qui elle est véritablement.

Parfois, il m'arrive de regretter. Les années que j'ai passées à Wynwood m'ont forgée sans doute de manière bien pire que tout ce que j'étais avant. Il m'arrive encore de passer au cimetière, fleurir la tombe de Pollo. De prendre des nouvelles de sa fille, de son épouse, même si mes visites se font de plus en plus rares. Il m'arrive aussi de regretter mon manque de revenus pour aller en France, retourner voir Lancelot. Oui, bien sûr que cela me manque. Ginger aussi me manque. Je vois Nina, de temps en temps. Je m'efforce de lui cacher ma précarité, parce que je sais qu'elle m'offrira son aide. Et je n'ai besoin de l'aide de personne, de la charité de personne.

Alors évidemment, lorsque je me retrouve, en début d'après midi, dans le parc de Little Haïti, avec mes gosses qui font leurs devoirs sur le banc et moi qui accorde mon violon pendant ce temps, je me dis que ça doit forcément faire la nénette qui fait la manche. Hé, j'ai un emploi, d'accord ? Je n'ai pas besoin de ça. Ou si, mais je n'en veux pas. J'estime que je pourrais vivre mieux, mais ma tenue, mes mains noires de saleté et mes vêtements tachés n'aident pas forcément à passer une embauche, n'est-ce pas ? Comment est-ce que je vis, au final ? Je survis. Mais les petits, ils vivent. Et ça je le sais quand je vois mes gosses fermer leurs cahiers après une vérification de ma part et partir en courant en direction du terrain de jeu, sous ma surveillance attentive, entre deux coups d'archet. La musique c'est ce qu'il me reste, avec eux. Ce qui me fait vivre.

Je ne sais pas au bout de combien de temps ça commence à être le bordel. Je sais seulement que je ne suis pas au bout de mes surprises.  Le brouhaha me fait tourner la tête, détacher mes yeux de mon violon une petite minute. Il y a un type, qui entre dans le parc, entouré de photographes. Je fronce les sourcils. C'est quoi ça encore. ça pue le riche à plein nez, ça c'est une évidence. Il a la barbe taillée de près, des vêtements qui puent le luxe, un sourire type publicité de dentifrice. Et un air suffisant. Faussement condescendant. Parfaitement le genre d'homme que je déteste. Un parfait sosie de mon père. Et soudain j'en viens à me demander ce qu'un homme comme lui vient foutre à Little Haïti. Et puis j'arrête très vite de me poser la question parce que c'est une évidence non ? Il a l'air connu, ce mec. Moi j'en ai jamais entendu parler.  Alors je tourne la tête. Parce que je n'ai aucune envie de subir le regard de ce genre de personnes. Je fais celle qui ne voit rien. Je m'occupe seulement d'accorder mon violon. Parce que ça, et mes gosses qui glissent sur le toboggan, ce sont les deux seules choses qui présentent un intérêt pour moi en ce moment.
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